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Forum Entreprendre dans la Culture : entretien avec Véronique Fermé (Collectif COFEES)

Déchets, énergie, émission de Gaz à effet de serre, impact sur la biodiversité… Les festivals, comme les autres acteurs culturels, doivent imaginer un modèle plus respectueux de l’environnement. Accompagner, fédérer, mutualiser ces pratiques en région Sud, c’est l’objectif du collectif COFEES. Véronique Fermé*, responsable développement et animation de ce collectif, a répondu à nos questions.

Communicant.info : Bonjour Véronique, pouvez-vous vous présentez et présenter le collectif COFEES ?
Veronique Fermé : le Collectif des Festivals Eco-responsables et Solidaires en région Sud a été créé en 2014, et est devenu une association en 2020, par la volonté de festivals déjà engagés dans des démarches écoresponsables et désireux de développer et pérenniser leurs actions de façon collective. Né avec dix festivals, tous aussi emblématiques que les Festivals d’Avignon, d’Aix en Provence, ou encore Marsatac, le COFEES comprend aujourd’hui 34 membres et s’est ouvert à de très nombreuses esthétiques comme le cirque, le livre, la photo ou encore le cinéma.
A l’époque de sa création en 2014, j’étais en charge du Développement Durable au Festival d’Aix-en-Provence et je participais aux rencontres avec mes pairs. C’est donc tout naturellement que j’ai répondu favorablement à leur proposition d’animer et développer le Collectif en 2017. Le COFEES accompagne, forme et assiste ses membres, il propose également des achats mutualisés comme récemment des gilets vibrants pour les personnes malentendantes. Il collabore également avec les acteurs locaux et nationaux comme les collectivités ou institutions auprès desquelles il propose son expertise en matière d’éco-manifestations.

Proposer des outils et de l’accompagnement

Communicant.info : Vous pilotez le dispositif « Drastic on plastic » sur la Région Sud… De quoi s’agit-il ?
Veronique Fermé : Drastic on Plastic est une charte anglaise lancée en 2018 par l’AIF (Association of Independent Festivals) et la RAW Foundation. COFEES est membre d’un collectif national appelé R2D2. Ce derniers est composé de 9 structures associatives régionales d’accompagnements des manifestations au Développement Durable et nous avons eu l’idée, avec l’accord des britanniques, de l’adapter en France en y ajoutant toute une partie en terme d’accompagnement et outils.
A ce jour, nous avons près de 120 festivals signataires en France, chaque réseau R2D2 prenant en charge l’accompagnement et le suivi des festivals de son territoire. Nous leur avons proposé des ateliers régionaux, des accompagnements individuels, de nombreux webinaires thématiques et des outils d’autodiagnostics et de plans d’actions. Le projet a été lancé en janvier 2020, lors de la Biennale Internationale du Spectacle, avec le soutien de La DRAC Pays-de-la-Loire, le Ministère de la Culture, l’ADEME et le CNV.
Dernière action en date : le lancement de logos en open source « Sors tes couverts », utilisables par toutes les manifestations que souhaitent inciter leurs publics à venir avec leur propre vaisselle et que nous avons conçu en collaboration avec Zéro Waste France.

« L’impact principal est du aux déplacements, plus particulièrement ceux des festivaliers »

Communicant.info : Parlons de l’impact environnemental des festivals : il apparaît que ces derniers ont des impacts environnementaux différents en fonction de leur typologie (festival en ville ou à la campagne, grande o petite échelle…). Comment cela se passe-t-il sur votre territoire ?
Véronique Fermé : Comme pour toutes les manifestations, nous savons que l’impact principal est du aux déplacements, plus particulièrement ceux des festivaliers, déplacements sur lesquels nous avons peu de marge de manœuvre. Ils dépendent en effet des habitudes des festivaliers mais également des offres locales de transport en commun.
Le COFEES a, par ailleurs élaboré, un plan de déplacement des festivaliers en 2019 afin de pouvoir étudier avec les autorités locales des solutions. Mais l’impact des festivals ne peut se limiter aux émissions carbone, nous avons un travail important à faire sur la réduction des déchets, sur la préservation de la biodiversité, les achats ou encore les consommations d’eau et d’énergie.
Bien évidemment, un festival de grande envergure urbain et de courte durée n’aura pas le même impact qu’un petit festival rural qui pourrait durer un mois. Nous devons donc adapter nos accompagnements en prenant en compte également les esthétiques de chaque festival : un festival d’opéra avec de nombreux décors ne peut avoir le même impact qu’un festival de musiques actuelles, grand consommateur d’énergie.

« Les festivals (…) seront aussi victimes des changements climatiques et devront s’adapter eux aussi. »

Communicant.info : Quel est votre avis sur les grands festivals à la campagne ? Pensez-vos que leur modèle actuel est soutenable ? Ou préconisez-vous des réorganisations structurelles de ces derniers ? 
Véronique Fermé : L’intérêt d’organiser des festivals « à la campagne » est indéniable : cela permet d’apporter la culture sur des territoires qui peuvent parfois manquer d’offres culturelles. Ils sont donc indispensables pour l’accessibilité géographique et sociale à la culture.
Toutefois, ces festivals ruraux ont tous conscience des impacts qu’ils peuvent générer sur un environnement pas toujours adapté, d’où l’accompagnement proposé par le COFEES pour analyser leurs impacts et les réduire. Reste la question des jauges qu’il faut en effet adapter.
Peut-être comme le préconise le rapport du Shift Project, proposer plus de dates pour des jauges plus petites, en lieu et place d’un seul week-end avec une très grosse jauge. On entre alors dans d’autres considérations économiques, mais les festivals, quoi qu’il arrive, seront aussi victimes des changements climatiques et devront s’adapter eux aussi.

* Véronique Fermé interviendra le 30 juin 2022 au Forum Entreprendre dans la Culture

Auteur
Je m’appelle Cyril Leclerc. Je propose, en tant qu’indépendant, du conseil et de l’accompagnement en communication dans les domaines culturels et artistiques. Diplômé en Histoire de l’Art et en Ingénierie culturelle, je me suis, au fil de mon parcours, spécialisé dans la communication culturelle, jusqu’à en faire mon métier. J’ai notamment été pendant sept années, chargé de la communication culturelle à l’Abbaye aux Dames, la cité musicale (Saintes – France). Je m’intéresse particulièrement à la façon dont on peut mettre les outils marketing au service de projets culturels et comment la communication peut enrichir un projet culturel, lui apporter du sens…